Un ATS pensé pour les PME, pas pour les grands comptes

La plupart des ATS sont pensés pour les équipes achats des grands groupes. Voici pourquoi nous construisons différemment, pour les PME de 15 à 200 salariés.

La plupart des ATS sont pensés pour un acheteur précis : une direction achats, un cahier des charges de quarante pages, un comité de validation qui se réunit une fois par trimestre. Ce client existe quelque part. Ce n’est pas le vôtre. Et ce n’est pas non plus celui pour qui on construit.

Ceci n’est pas un argumentaire produit. C’est une note de chantier : ce qu’on a vu chez nos premiers clients PME, ce qu’on a changé dans le produit à cause de ça, et ce que cette décision nous coûte encore aujourd’hui.

Ce qu’on a vu chez les PME

Un fondateur qui trie des candidatures entre deux appels clients. Une responsable RH qui rédige une annonce en calculant les payes du mois en parallèle. Un manager qui caserait bien un entretien vendredi après-midi, si son agenda le permettait. C’est le quotidien réel d’une équipe de trente personnes qui recrute, et presque rien dans un ATS d’entreprise n’est pensé pour ce quotidien-là.

On a vendu, testé et parfois recommandé des outils construits pour des équipes de recrutement à quatorze personnes, avec des circuits de validation achats, des pipelines à douze étapes par défaut, et des tableaux de conformité qui supposent une direction des ressources humaines qui, chez nos clients, n’existe pas. Le problème n’est pas le prix de ces outils. C’est leur échelle.

Demandez à n’importe quelle entreprise de trente salariés qui a essayé de faire tourner un ATS d’entreprise : la première plainte, avant le prix et avant les fonctionnalités manquantes, porte sur l’intégration. Configurer l’outil, désactiver ce qui ne sert à rien, réexpliquer au fournisseur qu’il n’y a pas d’équipe achats à qui parler. Ce n’est pas un hasard. C’est le symptôme d’un produit taillé pour une autre taille d’entreprise.

Ce qu’on a changé

Le premier réflexe, en voyant ça, aurait été d’ajouter une option « mode simplifié » par-dessus le produit existant. On a fait l’inverse : on a changé les réglages par défaut, pas les habillages.

Un pipeline de recrutement s’ouvre chez nous en trois étapes, parce que trois étapes suffisent à la quasi-totalité des recrutements PME ; les étapes supplémentaires restent disponibles, mais elles ne sont plus la norme qu’on impose au premier jour. Les modèles d’e-mail par défaut sont écrits comme les écrirait la personne qui recrute, pas comme un cabinet de communication d’entreprise du CAC 40. Un seul niveau de permissions couvre les petites équipes ; la matrice fine existe, mais elle est rangée, pas affichée. Et le reporting tient sur un seul écran, parce que les questions qu’une fondatrice se pose vraiment sont au nombre de trois : combien de candidatures, d’où viennent-elles, et à quelle étape on les perd.

La tarification a suivi la même logique. Le modèle par siège, plus par poste, plus par intégration, plus par module, existe parce que les équipes achats de grand groupe savent le négocier ligne par ligne. Une PME n’a ni le temps ni le rapport de force pour ça. On facture par palier, avec l’essentiel inclus dans chaque palier et les options clairement affichées, pour retirer cette friction du parcours plutôt que de l’habiller autrement.

Depuis, chaque fonctionnalité qu’on évalue passe la même question avant de partir en développement : est-ce que ça a encore du sens pour une entreprise de trente personnes ? Si la réponse est non, si la fonctionnalité ne se justifie qu’à trois cents salariés, elle part dans un palier à part, ou elle ne sort pas du tout.

Ce qu’on referait autrement

Autant le dire clairement : on vend un ATS, donc pesez cette réflexion en connaissance de cause. Un produit plus large, avec plus de modules et plus de paliers tarifaires, se vendrait sans doute mieux à des comptes plus gros que les nôtres. On a choisi de ne pas le construire, et ce choix a un coût réel — des fonctionnalités qu’on aurait pu vendre à des directions RH plus fournies, et qu’on a laissées de côté parce qu’elles n’auraient rien apporté à une équipe de trente personnes.

Ce qu’on referait autrement, avec le recul, c’est appliquer ce test plus tôt. Les premiers mois, on a construit quelques options « au cas où », par prudence face à des prospects plus gros, avant de les retirer une par une parce que personne ne les utilisait et qu’elles alourdissaient le produit pour tout le monde d’autre.

On ne sait pas encore si ce parti pris tiendra une fois que l’entreprise aura triplé de taille. Pour l’instant, c’est le seul qui nous semble juste : construire le produit qu’on utiliserait nous-mêmes, à trente personnes, plutôt que celui qu’on pourrait vendre à une entreprise qu’on n’est pas.

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